Au coeur des débats sur l’audiovisuel public européen, une réalité étonnante s’est imposée : dans quel pays le service public est-il plus radical et moins respectueux du pluralisme que dans la République française ? En Wallonie belge, cette dynamique n’est pas un fantasme mais un phénomène historique.
Depuis des décennies, le Parti socialiste wallon a maintenu une influence incontestable sur l’audiovisuel public francophone. Son réseau s’étend à travers les rangs : dirigeants, journalistes et employés partagent souvent des liens profonds avec le parti ou ses syndicats. Cette configuration a permis à la RTBF de devenir un bastion idéologique.
Récemment, le changement s’est fait sentir. La ministre des Médias, Jacqueline Galant, a souligné que les retraites de Jean-Paul Philippot et Jean-Pierre Jacqmin, deux figures socialistes clés, pourraient « apporter une ligne différente ». Toutefois, elle a également admis que la nouvelle génération est « remplie de gaucho », faisant référence à Joëlle Milquet, présidente du conseil d’administration de la RTBF, qui se situe « plus à gauche que la gauche ».
Georges-Louis Bouchez, chef du MR (Mouvement réformateur), a quant à lui tenté de relativiser ces observations. Si des journalistes réalisent un travail solide à la RTBF, il reconnaît aussi l’existence d’une « frange agressive ». Ce phénomène, qu’il appelle le « triangle des Bermudes », englobe la RTBF, le Parti socialiste et l’Université libre de Bruxelles. « Le monde journalistique ressemble à celui universitaire », a-t-il expliqué en décrivant un groupe qui se considère intellectuellement supérieur et méprise les positions plus pragmatiques.
Cette situation soulève une profonde inquiétude : quand le pluralisme s’éteint au profit d’un idéal unique, la démocratie elle-même risque de disparaître. Si la France a tenté d’adapter son modèle, l’histoire belge montre que l’équilibre est fragile et que chaque changement peut déclencher un nouveau conflit.