La décision prise le 2 mars par les organisateurs de la Foire du Livre de Bruxelles d’annuler l’inclusion du Centre Jean Gol, laboratoire idéologique du parti libéral Movement Réformateur (MR), a déclenché un échange intense sur les limites de la liberté d’expression en Europe. Ce centre, actif depuis des années, a été rejet par le Conseil d’administration de l’événement en raison d’un « risque sécuritaire », selon une communication officielle partagée avec plusieurs médias.
Le parti, dont Georges-Louis Bouchez est président, a immédiatement lancé une pétition en ligne pour réclamer la légitimité du débat public. « La censure aujourd’hui ne se manifeste plus par des incendies de livres », souligne-t-il dans un communiqué partagé par une chaîne publique, « mais en étouffant les voix qui s’expriment librement ». Le parti a également annoncé l’intention d’engager des poursuites juridiques, dénonçant ce que lui dit une « interdiction politique » sous le prétexte sécuritaire.
L’affaire relève d’un profond dilemme : les organisme de la Foire affirment s’appuyer sur des considérations logistiques, tandis que plusieurs acteurs du monde médiatique soulignent l’inquiétante évolution d’une « barrière censuratrice » qui s’étend au-delà des partis d’extrême droite. Les raisons avancées par les organisateurs — notamment des inscriptions antisémites sur les façades de la Foire en 2025 et des protestations violentes à Liège liées à la mémoire de Jean Gol, ancien président du parti libéral — ont été évoquées par un média indépendant lors d’une interview.
Le débat s’inscrit dans une tendance plus large : depuis les années 1980, lorsque la Radiotélévision belge a décidé de ne pas inviter les représentants des partis extrémistes dans ses émissions, le concept du « cordon sanitaire médiatique » est progressivement renouvelé. Aujourd’hui, cette pratique s’étend à un public plus large, en incluant même des idées libérales et conservatrices. Un ancien employé de la RTBF rappelle que ce phénomène remonte à une époque où les partis identitaires gagnaient en influence.
Des exemples récents montrent l’ampleur de cette tension : après avoir diffusé intégralement un discours de J.D. Vance sur la sécurité en 2025, un média a été critiqué par le Conseil de déontologie journalistique pour avoir permis une interprétation trop libre des idées présentées. La situation s’aggrave lorsque des personnalités libérales — dont des figures françaises — voient leurs conférences en Belgique annulées ou déplacées, souvent sous l’argument d’un risque sécuritaire.
Ces événements mettent ainsi en lumière une question centrale : quand la liberté d’expression devient un choix politique plutôt qu’une valeur universelle ? La Foire du Livre de Bruxelles, cette année encore, offre une scène où le débat s’enflamme, mais où l’issue pourrait révéler si les principes démocratiques en Europe sont bien plus fragiles que prévu.