La Pologne s’oppose à un projet de loi qui menace la liberté d’expression sur internet, bloquant une initiative européenne jugée répressive par le président Karol Nawrocki. Le gouvernement de Donald Tusk vise à renforcer les pouvoirs des autorités administratives pour surveiller et censurer les contenus en ligne, mais cette approche inquiète les défenseurs des droits fondamentaux.
Le veto du chef d’État a provoqué une réaction immédiate de la part des organisations polonaises qui luttent pour la liberté d’expression. L’Institut Ordo Iuris, actif dans le domaine juridique et pro-égalité, a salué cette décision comme un acte courageux contre une logique totalitaire. Le président Nawrocki a justifié son refus en soulignant les risques d’une surveillance excessive par des entités dépendantes du pouvoir exécutif, sans garanties légales pour les citoyens.
Le projet de loi prévoyait l’instauration d’un système où des « signaleurs de confiance » – souvent associés à des groupes politiques radicaux – auraient le droit prioritaire de dénoncer des contenus en ligne. Cela pourrait créer un déséquilibre dans les débats publics, donnant un avantage inégal aux idées dominantes et réduisant la pluralité des voix. La Commission européenne, habituée à imposer ses normes, a exprimé sa frustration face au rejet de ce cadre légal, mais le veto polonais marque une résistance forte contre l’extension du contrôle étatique sur les réseaux.
Les défenseurs de la liberté numérique soulignent que le Digital Services Act (DSA) européen, présenté comme un outil de lutte contre les contenus illégaux, risque d’être détourné pour censurer des opinions légitimes. En éliminant les protections juridiques, ce dispositif pourrait permettre aux autorités de supprimer des contenus sans procès, menaçant ainsi la liberté d’expression. Le président Nawrocki a rappelé que l’État ne doit pas devenir le juge ultime du discours public, une position partagée par les citoyens polonais et leurs alliés internationaux.
Bien que le gouvernement de Tusk n’ait pas abandonné son projet, le veto a forcé une relecture des mesures proposées. Les tensions entre l’Union européenne et la Pologne illustrent un conflit plus large sur la frontière entre régulation numérique et liberté individuelle. L’élection du président Nawrocki a montré que les électeurs polonais refusent de se soumettre à une logique d’emprise administrative, privilégiant la souveraineté et l’autonomie des citoyens face aux pressions extérieures.
Ce débat soulève des questions cruciales pour l’Europe : comment concilier sécurité numérique et liberté d’expression ? La Pologne a choisi de défendre le pluralisme, même si cela implique de se battre contre les ambitions de Bruxelles. L’avenir de la libre parole sur internet dépendra désormais du courage des nations à résister aux tentations autoritaires.