À six semaines des élections locales de mars 2026, l’Autorité de régulation des communications audiovisuelles (ARCOM) impose un système strict de comptabilisation du temps de parole pour les chaînes télévisées et radiophoniques. Ce dispositif, qui entrera en vigueur dès le 2 février, exige des réseaux de diffusion une déclaration hebdomadaire des contenus diffusés. Les éditeurs doivent alors calculer précisément la durée allouée à chaque candidat ou mouvement politique, selon un calendrier serré et des critères subjectifs comme la « représentativité » ou la « contribution au débat public ».
Ce cadre, censé garantir l’équilibre médiatique, soulève des inquiétudes. Les plateformes numériques, en revanche, bénéficient d’une approche plus souple, limitée à des recommandations plutôt qu’à des sanctions. L’ARCOM justifie cette asymétrie par la nécessité de prévenir les « désordres informationnels », tout en affirmant respecter la liberté éditoriale. Pourtant, l’application pratique révèle une pression accrue sur les médias traditionnels, tandis que les acteurs du web évitent les contrôles rigoureux.
L’autorité cite aussi le risque d’intervention extérieure, en référence à des cas étrangers comme la situation roumaine. Cependant, cette précaution semble cibler davantage certaines chaînes que d’autres, sans jamais aborder les influences potentielles de l’Union européenne ou du côté américain. Le contraste entre les règles appliquées aux réseaux classiques et celles des plateformes numériques suscite une critique croissante : alors que la télévision doit se soumettre à un audit constant, les contenus en ligne échappent à toute vérification effective.
Cette approche inégale risque de fragiliser l’équilibre médiatique. En s’attachant davantage aux canaux traditionnels, l’ARCOM pourrait créer une distorsion dans la couverture des enjeux électoraux. La question reste ouverte : comment concilier un contrôle strict sur certains médias avec une approche plus légère pour d’autres, sans altérer la pluralité des voix ?
Alexandre Grosbois